Jérôme Hadiuk, le traileur fou

Jérôme Hadiuk en selfie
Jérôme Hadiuk en session d'entraînement

Dans le cadre de l’accompagnement  de compétences par le cluster Vivalley, basé à l’Arena Stade Couvert Régional de Liévin, nous avons eu le privilège au sein de l’agence de suivre la préparation de Jérôme Hadiuk. Cet homme de 35 ans, sportif confirmé, souhaite réaliser un défi sportif mêlant culture, histoire et performance.

 

Bonjour Jérôme, peux-tu te présenter en nous détaillant  comment tu  as découvert le sport ?

Tout petit, mes parents m’ont mis au sport. J’ai donc fait pendant 7-8 ans du judo. J’ai dû arrêter car j’étais un trop petit gabarit par rapport à ma catégorie d’âge.

J’étais plus souvent au sol que debout sur le tatami (rires). J’ai décidé avec mes parents de faire de la natation pour me développer musculairement (jusqu’en 2003, j’avais alors 18 ans)

De 2003 à 2006, je commençais à travailler malgré tout j’ai continué le sport en tant que sportif loisir.

De 2006 à 2013, j’ai décidé de faire du triathlon parce que j’avais envie de découvrir cette discipline. La nage était mon point fort, le vélo… (hésitation …) une fois que j’ai enlevé les petites cales c’était assez simple pour rouler (rires) mais la course à pied était mon point faible donc j’ai eu des difficultés.

Suite à ça j’ai décidé de me mettre au trail. Ça prenait un peu plus d’ampleur donc j’y suis allé et depuis 2013 je ne suis jamais revenu au triathlon. Je ne fais que cette discipline donc j’ai pris plaisir à courir sur ces trails de courte distance au début…parce qu’un marathon c’était une punition ! Une distance de 110km me paraissait être la lune !

Petit à petit, j’ai pris plaisir car tu cours dans la nature, il n’y a pas cet entraînement “chronomètre” qu’on peut avoir sur un marathon (entraînement très sévère). Il n’y a pas tout ça. Je pense que le groupe avec qui je courais, l’esprit de famille et de compétition (sans se prendre au sérieux) et la nature, tout ce contexte a fait que j’y ai pris vraiment goût. J’ai augmenté mes volumes d’entraînement, de compétition aussi et j’ai vu des copains faire des IronMan ( triathlon très longue distance mêlant natation sur 3,8km, 180 km de cyclisme et 42,195 km de course à pied soit la distance d’un marathon – ndlr)

Une distance de 110km me paraissait être la lune !

Je me suis décidé de m’inscrire sur des trails en suivant les plus anciens. J’ai commencé par des 70km, 100km, 120km, 150km jusqu’à arriver à l’ultime UTNB (Ultra-Trail du Tour du Mont-Blanc) soit 170km: la référence. 

Première inscription, premier tirage au sort et je suis “Finisher” (=participant qui termine l’épreuve -ndlr) 

De là, je me suis mis à le faire pour le loisir, le plaisir et tout doucement ça a payé en restant naturel, la tête sur les épaules, en restant super humble devant tout ce qui peut m’arriver. A présent, je me décide à me lancer un défi sportif : le double TPN.

Peux-tu nous dire combien de temps tu cours au niveau quotidien, hebdomadaire… comment arrives-tu à te préparer?

En fait, la course à pied au début c’était des entraînements classiques le mercredi soir entre copains, des petites sorties de 15-20km, allure tranquillou avec du dénivelé.

Je courais aussi entre midi et 14h j’avais des disponibilités au travail (CHR) donc je courais 10-15km le midi. Je ne cours pas 7 fois semaine, je dois courir peut-être 4 fois semaine mais entre deux, je fais aussi de la natation et du VTT ou vélo de course (on appelle ça des entraînements croisés).

Jérôme Hadiuk et son dossard pour le TPN 2019

On travaille aussi via la préparation de dénivelé, les muscles (les quadriceps, excentriques et tout ça) et une fois sur la  la course à pied, c’est plus simple: on peut se permettre de courir en montée. Au début je trottinais et marchais comme tout le monde, maintenant j’ai plus de facilité à appréhender les pentes.

 

A quel moment as-tu senti de la progression dans cette discipline aussi exigeante que le trail et à quel moment t’es-tu dit que tu étais capable d’enchaîner des distances aussi longues que celles que tu nous a citées ?

C’est bête à dire mais il faut savoir sortir de sa zone de confort. Savoir courir 20km, 30km c’est facile, si on l’a déjà fait on peut le refaire.

Bien sûr il y a des cas particuliers la météo, les blessures. Même si déplacer ses limites, aller en dehors de sa zone de confort c’est aller plus loin.

J’ai fait des courses de 24h ça me paraissait déjà beaucoup. Dans le monde du trail, on affronte des dénivelés, en extérieur on ne se repose pas du tout : l’effort est continu. Après j’ai eu des courses où j’ai fait 50h et donc là on arrive sur une autre dimension et sur ces 50h (exactement 46h au total), j’ai dû dormir une demi-heure.

Et donc on dépasse sa zone de confort, on va plus loin dans l’effort, on va chercher quelque chose plus profondément en nous et ce que nous cherchons: c’est le dépassement de soi.

 

C’est aussi un défi pour nous de retranscrire tout ton parcours à nos lecteurs, du coup, est-ce que tu as un moment fort à nous raconter comme ta meilleure course ?

J’ai commencé par des courses classiques. J’ai démarré en connaissant des difficultés comme tout le monde: je voyais des gens devant moi courir comme des lièvres et moi je n’avançais pas. Le lendemain j’avais des courbatures, moi aussi, j’avais du mal à descendre les escaliers donc je les descendais en marche arrière parce que ça me faisait mal au cul (rires). J’ai commencé par là, j’avais des ampoules aux pieds, des ongles explosés, comme tout le monde. Y’a pas de problème je ne suis pas un extraterrestre et encore j’en suis très loin des vrais extraterrestres que tout le monde peut connaître, les têtes d’affiche, je suis quelqu’un de normal.

Jérôme Hadiuk en selfie

Et donc on dépasse sa zone de confort, on va plus loin dans l’effort, on va chercher quelque chose plus profondément en nous et ce que nous cherchons: c’est le dépassement de soi.

…Donc tu parles de Kilian Jornet par exemple ?

Kilian Jornet, Xavier Thévenard, François Dhaene…bien d’autres. Y’a des gens bien plus forts que moi, ces gens là sur des courses ils sont devant moi. J’ai fait la Bouillonnante il y a un mois, les élites (on les appelle comme ça) sur 75km me mettent 1h d’écart à l’arrivée, ce qui est quand même énorme. Ces gens là sont des extraterrestres! Après je reste humble, bien dans mes baskets, je suis quelqu’un de naturel et abordable. La plus belle course? C’est le Trail des Pyramides Noires. C’est bizarre car en tant que personne normale, tu montes sur un podium devant des amis, de la famille, tu as une reconnaissance que tu n’attendais pas du tout et qu’à la base tu ne voulais pas. Est-ce que les exercices que j’ai pu faire ont payé ? Je pense. Je prends plaisir dans ce que je fais, surtout. Au début c’est compliqué, on va courir parce qu’il fait beau, qu’on a les conditions “sine qua none” pour réussir mais non… courir en hiver quand il neige, quand il pleut, qu’il fait froid c’est bénéfique, car les bienfaits seront visibles, mesurables dans le futur par exemple dans 6 mois, un an etc…

L’année dernière j’ai fini 4ème mais mon objectif premier c’était de franchir la ligne d’arrivée.

Je suis donc remercié, n’étant pas sur le podium je m’en vais. Je prends une bouteille d’eau, je me lave sur le parking comme tout le monde et puis je m’en vais à la kermesse de ma fille (école maternelle) et ça c’est la plus belle récompense qu’on peut avoir. Voir sa fille danser sa petite danse de fin d’année avec sa maîtresse, ses copains et ses copines. J’ai réussi à être présent, l’ultimatum que j’avais: être capable d’être à 14h à la grille, donc j’ai couru et me suis dépêché pour ne pas recevoir “un coup de savate” par ma femme (rires).

 

Quelle est la réelle différence en terme de préparation sur des trails longue distance entre ce que tu réalisais jusqu’à présent et l’apport des entreprises Vivalley pour ce défi?

Vivalley m’a ouvert des portes que jamais je n’aurais pu ouvrir, je pense. Des entreprises à la pointe de la technologie que ce soit au niveau sportif et nutritif, de la récupération, de l’encadrement, de la médiatisation etc. Tous me font de la publicité et jamais je n’aurais pu avoir tout ça… Moi!? Jérôme Hadiuk dans ma petite commune de Méricourt, je travaille au CHR, jamais je n’aurais pensé à ça ! Cela a pris des proportions inimaginables, je suis au téléphone avec vous (l’interview a été réalisé à l’issue dans un intervalle de pause =ndlr), avec des journalistes, c’est hallucinant…

Ça m’a apporté des choses différentes, une préparation différentes. Depuis peu, je fais du gainage, j’ai eu un coach qui m’a vraiment encadré dans le renforcement des différentes musculatures et de la récupération aussi. J’espère que cet accompagnement va m’amener à réussir le défi. Je souhaite passer la ligne d’arrivée et vraiment remercier tout le monde pour l’aide apportée

Jérôme Hadiuk
Parles-nous de Facebook et du choix de ton pseudo (Yatebe Kokhaiou). Quelle est son histoire ?

Ce pseudo est par rapport à mes origines et à mes enfants. Mes filles pour les coucher le soir, jouer un peu avec elles et pour travailler les langues étrangères, on apprenait le mot “Je t’aime” dans toutes les langues donc “Je t’aime”, “Ti amo”, “Te quiero” et “Yatebe Kokhaiou” c’est en ukrainien.

A la base je n’étais pas pour les réseaux sociaux et un moment il faut s’y mettre, car pour communiquer avec la famille c’était plus simple. On a de la famille dans toute la France, à l’étranger et Yatebe Kokhaiou avec mon épouse c’était notre truc à nous deux. J’étais obligé de créer une page de type Sport, pour communiquer avec les copains, donc c’est resté.

D’un côté c’est anonyme et d’un autre c’est aussi une partie de moi, de mes filles qui sont toujours avec moi (émotion) et ma maman parce que t’as qu’une seule maman dans ta vie et tu l’aimes, donc voilà ça représente tout ça pour moi.

Je souhaite passer la ligne d’arrivée et vraiment remercier tout le monde pour l’aide apportée.

Le défi est considéré comme un défi “complètement fou” et tu es décrit comme un petit bout en train, est-ce compatible avec le “dépassement de soi” ?
 

C’est vrai, je suis un petit comique, je rigole tout le temps que ce soit au boulot ou à la maison, je fais passer l’humour pour faire passer les bonnes choses. On n’a qu’une vie, faut en rigoler !

A l’entraînement c’est pareil, je suis le premier à faire des conneries (jeter de l’eau sur l’autre, à tirer le t-shirt, c’est moi, c’est Jérôme (comme la chanson), y’a pas de problème je suis toujours là. Je ne me prends pas la tête, je reste super humble et naturel vous n’imaginez même pas. J’ai des passions dans la vie, j’aime bien le jardinage, aménager ma maison, mon jardin, la pêche, me promener avec mes enfants dans la campagne, ramasser des fleurs, je suis quelqu’un de super accessible. Ce qui m’arrive c’est plus que magnifique, après faut rester les pieds sur terre, je ne quitterais pas mon boulot pour le sport c’est pas possible d’en vivre (à mon niveau). Ce n’est que du plaisir.

Beaucoup de personnes qui sont à l’origine de ça, comme Bertrand Tranchant, coach sportif sur Hénin-Beaumont, qui était avant animateur de centre aéré et qui a connu ma femme et c’est lui qui a monté le club de triathlon sur Hénin, qui m’a accueilli, c’était un peu un exemple. J’étais son petit Jedi et lui mon maître Yoda, c’était ma référence parce que voir ce qu’il faisait (Ironman) c’était hallucinant pour moi, un grand malade (rires). Maintenant l’élève a dépassé le maître, sans vraiment le dépasser car pour moi il restera toujours devant moi, il m’a vu démarrer la course à pied, nous en rigolons encore maintenant. Pareil avec Thierry Baranzelli, à Billy-Montigny, qui m’a vu également démarrer la course à pied. J’ai déjà perdu mes gourdes avant une compétition j’ai couru sans gourde, avec une perruque verte pour me faire remarquer pour ne pas changer.

Pour ce TPN, je prendrais le départ avec Jean et Michaël et d’autres copains du boulot. J’ai hâte de faire les premiers 110km et de revoir tous les copains pour le deuxième 110 à la Chartreuse. Mettre l’ambiance et détendre l’atmosphère car eux auront une grosse pression, la mienne sera un peu déjà tombée. Que l’on soit premier ou dernier on s’en moque, ce qui compte c’est qu’à la fin nous soyons tous heureux de boire un verre ensemble et de partager cette passion en commun. ◼︎

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